COMMENT SE PASSE LE VOYAGE ?

Le Train de la Mémoire fut initié par le père Jean Dujardin – oratorien, historien, théologien, ancien secrétaire des relations épiscopales avec le Judaïsme – et Martine Quérette – alors chef d’établissement du lycée Notre Dame de Sion à Évry. Le Train a déjà sept voyages à son actif. Le voyage dure cinq jours. Il a toujours lieu autour du 11 novembre. Il nous est arrivé parfois de partir le 9 novembre, et notre première nuit, passée dans le train, correspondait à un triste anniversaire : celui de la Nuit de Cristal – alors que nous traversions justement l’Allemagne. Il faut compter entre vingt-cinq et vingt-sept heures pour arriver, car nous n’avons aucune priorité sur le trafic ordinaire allemand, puis polonais. Aller à Auschwitz en train n’est pas un mode de transport choisi pour mimer celui des détenus. Ce serait indécent. Il permet de fédérer le groupe, plus que si nous étions séparés en plusieurs cars, et de mieux prendre conscience que nous ne l’aurions fait en avion, du temps qui est nécessaire pour arriver sur place ; il facilite un déplacement intérieur, et nous arrache à notre quotidien, à notre petit univers ; il permet aussi de continuer et de prolonger la formation des jeunes dans le train, laquelle prend alors une dimension commune. Et on laisse le temps au temps…

 

Pendant toute l’année qui précède le départ, chaque groupe d’élèves intéressés, (de Première, mais surtout de Terminale), se forme, se documente, réfléchit... En plus, les élèves sont chargés de travailler un sujet particulier, qu’ils auront à présenter à tous les voyageurs dans le train ; entre autres thèmes : le nazisme, la déshumanisation, la politique de Vichy, la solution finale, le difficile retour des survivants, le négationnisme, les Justes, etc.… Autant de thèmes que de groupes ; quinze établissements étaient représentés au Train de novembre 2008, dix-huit au Train 2010 ! Soit dix-huit thèmes traités. Le train est composé de neuf voitures de passagers, plus une voiture-conférence d’où se diffuse l’animation. Pendant les deux jours du voyage aller, chacun des établissements embarqués vient présenter au micro le thème qu’il a préparé, présentation qui prend la forme ludique d’une émission radio, laquelle est diffusée dans tout le train par la sonorisation. Au retour, qui dure deux jours également, des tables rondes sont organisées – toujours sous forme d’émission diffusée dans tout le train – sur des grands sujets, comme le mal, la souffrance, la liberté… Et puis, éventuellement, des questions peuvent continuer de remonter, des témoignages de jeunes peuvent être livrés. Dans le train de 2008, une table ronde fut organisée avec la trentaine de jeunes juifs des différents collèges qui nous accompagnaient. Bien qu’interminable, le voyage en train, grâce à cette organisation, est extrêmement productif !   

                

Une fois sur place, le premier matin, la journée commence par une marche silencieuse de trois kilomètres, depuis le Centre de Dialogue, jusqu’au camp d’Auschwitz-Birkenau. Cinq cent personnes qui marchent dans un silence total et recueilli, c’est très impressionnant. L’émotion est palpable. Une fois arrivés, la visite du camp commence. Les gens sont répartis en groupes autour des guides du Muséum. Après la visite méthodique du camp, une célébration a lieu près du Mémorial, où nous faisons notamment mémoire des disparus, proches, amis, membres des familles… Puis, la Marche de l'Espérance nous met devant notre responsabilité de travailler à la Mémoire. Un immense calicot - évoquant les rouleaux de la Torah - (réalisé aussi avec ceux qui n’ont pas pu venir) est déroulé sur les voies, en sens inverse de l’arrivée des trains de la mort, refluant vers la sortie, donc vers la vie, et portant l’inscription « Souviens-toi », en toutes les langues connues par les participants. 

                     

L’après-midi, une Table ronde est proposée dans la salle des fêtes d’Oswiecim, à partir des questions nées au cours de la visite du matin. Puis une pièce de théâtre est présentée par l’une des écoles. Cette année 2010, l'école Saint-Martin de France a présenté : "Yossel Rakover s'adresse à Dieu" de Zvi Kolitz. Le soir, à l'hôtel, les établissements organisent un temps de parole. Le lendemain matin a lieu la visite du camp principal, Auschwitz I. Les guides polonais retrouvent leurs groupes, et les emmènent dans les divers lieux de présentation de la vie des camps, les expositions, et les espaces préservés, comme le mur des exécutions, le bloc de la mort, la chambre à gaz… Et puis, le temps du départ arrive, après le déjeuner. Tout le groupe réintègre le train pour rentrer lentement en France, en deux jours de réflexion et de partage que j’ai présentées dans la première partie de cet article.

 

 

 

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